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	<title>Attac Paris centre</title>
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		<title>Fr&#233;d&#233;ric Lordon : Contre &#171; la-d&#233;mocratie &#187;</title>
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		<dc:date>2020-01-30T13:54:37Z</dc:date>
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&lt;p&gt;Un article du blog de Fr&#233;d&#233;ric Lordon sur le site du Monde Diplomatique &lt;br class='autobr' /&gt;
Contre &#171; la-d&#233;mocratie &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
par Fr&#233;d&#233;ric Lordon, 20 janvier 2020 &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand Agn&#232;s Buzyn annonce aux personnels hospitaliers cette formidable innovation dont elle leur fait la gr&#226;ce : des postes de beds managers, &#224; quoi avons-nous affaire ? Plus exactement &#224; quel type d'humanit&#233; ? Car nous sentons bien que la question doit &#234;tre pos&#233;e en ces termes. Il faut un certain type pour, apr&#232;s avoir proc&#233;d&#233; au massacre manag&#233;rial de...&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://pariscentre.site.attac.org/spip.php?rubrique35" rel="directory"&gt;Retraites et mouvement social&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://blog.mondediplo.net/contre-la-democratie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Un article du blog de Fr&#233;d&#233;ric Lordon sur le site du Monde Diplomatique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Contre &#171; la-d&#233;mocratie &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;par Fr&#233;d&#233;ric Lordon, 20 janvier 2020&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Agn&#232;s Buzyn annonce aux personnels hospitaliers cette formidable innovation dont elle leur fait la gr&#226;ce : des postes de beds managers, &#224; quoi avons-nous affaire ? Plus exactement &#224; quel type d'humanit&#233; ? Car nous sentons bien que la question doit &#234;tre pos&#233;e en ces termes. Il faut un certain type pour, apr&#232;s avoir proc&#233;d&#233; au massacre manag&#233;rial de l'h&#244;pital, envisager de l'en sortir par une couche suppl&#233;mentaire de management &#8212; le management des beds. Mais bien s&#251;r, avant tout, pour avoir imagin&#233; ramener toute l'&#233;paisseur humaine qui entoure la maladie et le soin &#224; ce genre de coordonn&#233;es. Comme tout le reste dans la soci&#233;t&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais voil&#224;, de la m&#234;me mani&#232;re qu'elle pourrait dire qu'elle n'est pas &#224; vendre, la soci&#233;t&#233; aujourd'hui dit qu'elle n'est pas &#224; manager. Et que le retrait de l'&#226;ge-pivot qui a si vite donn&#233; satisfaction &#224; tous les collaborateurs ne fera pas tout &#224; fait le compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qui sont ces gens ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Le jet des robes d'avocats, des blouses de m&#233;decin, des cartables de profs, des outils des artisans d'art du Mobilier national, mais aussi les danseuses de Garnier, l'orchestre de l'Op&#233;ra, le ch&#339;ur de Radio France, ce sont des merveilles de la politique contre le management des forcen&#233;s &#8212; g&#233;nitif subjectif : ici les forcen&#233;s ne sont pas ceux qui sont manag&#233;s mais ceux qui managent (lesquels par ailleurs pensent que les &#171; forcen&#233;s &#187;, les &#171; fous &#187;, comme tout le reste, sont &#224; manager). De la politique quasi-anthropologique, o&#249; l'on voit, par diff&#233;rence, l'essence des forcen&#233;s qui managent et, &#224; leur propos, surgir la question vertigineuse : mais qui sont ces gens ? Qu'est-ce que c'est que cette humanit&#233;-l&#224; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Radio France, Sibyle Veil demeure comme un piquet, statufi&#233;e. Belloubet, elle, ne conna&#238;t qu'un l&#233;ger d&#233;crochage de m&#226;choire inf&#233;rieure, et la m&#234;me inertie. Le directeur du Mobilier national choisit le d&#233;ni massif de r&#233;alit&#233;, et continue son discours, comme les directeurs d'h&#244;pitaux. Que se passe-t-il &#224; l'int&#233;rieur de ces personnes ? Se passe-t-il seulement quelque chose ? Y a-t-il des pens&#233;es ? Si oui lesquelles ? En fait, comment peut-on r&#233;sister au-dedans de soi &#224; des hontes pareilles ? Que ne faut-il pas dresser comme murailles pour parvenir &#224; se maintenir aussi stupidement face &#224; des d&#233;saveux aussi terribles ? Comment ne pas en contracter l'envie imm&#233;diate de dispara&#238;tre ? Comment continuer de pr&#233;tendre diriger quand les dirig&#233;s vous signifient &#224; ce point leur irr&#233;parable m&#233;pris ? Quel stade de robotisation faut-il avoir atteint pour ne plus &#234;tre capable de recevoir le moindre signal humain ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et de nouveau : qui sont ces gens ? Qu'est-ce que c'est que cette humanit&#233;-l&#224; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'&#233;vidence, elle est d'une autre sorte. N'importe qui &#224; leur place entendrait, et se retirerait aussit&#244;t, d&#233;finitivement, le rouge au front. Eux, non. Ils restent, pas la moindre entame. On imagine sans peine alors au sommet &#8212; Macron, Philippe : totalement emmur&#233;s. Logiquement, comment leur sorte pourrait-elle comprendre quoi que ce soit &#224; la vie de l'autre &#8212; puisqu'elles n'ont tendanciellement plus grand chose en commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par apprentissage, nous d&#233;couvrons donc progressivement toutes les conditions de possibilit&#233; cach&#233;es de la d&#233;mocratie, sans lesquelles il n'y a que &#171; la-d&#233;mocratie &#187;. Le macronisme nous aura au moins fait apercevoir qu'il y faut un respect &#233;l&#233;mentaire du sens commun des mots &#8212; d&#233;truit avec l'effondrement d&#233;lib&#233;r&#233; de la langue : la langue du management. Nous savons maintenant qu'il y faut &#233;galement une proximit&#233; des sortes d'humanit&#233;, et notamment un partage minimal de la d&#233;cence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;cence, ce sont les danseurs et danseuses de Garnier qui refusent le &#171; privil&#232;ge &#187; d'&#234;tre les derni&#232;res pr&#233;serv&#233;es au prix de l'&#233;quarrissage des g&#233;n&#233;rations qui viendront apr&#232;s &#8212; qui refusent tout simplement d'&#234;tre achet&#233;es, r&#233;action sans doute bien faite pour laisser interloqu&#233; le pouvoir macronien qui ne conna&#238;t que les ressorts les plus crasses de l'individualisme, ignore qu'on puisse leur &#233;chapper, leur opposer ceux de la solidarit&#233;, comme on oppose les valeurs de la cr&#233;ation &#224; celles de la marchandise. Et c'est comme un camouflet non seulement politique, mais moral, et presque anthropologique, dont ces jeunes gens lui font honte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;cence, c'est aussi celle, poignante, d'Agn&#232;s Hartemann, chef de service &#224; la Piti&#233;, qui rend sa blouse car il n'y a plus rien d'autre &#224; faire, et qui raconte comment elle s'est reprise de l'implacable devenir-robot dans lequel &#233;tait en train de la jeter les managers de l'h&#244;pital, ces gens de l'autre sorte d'humanit&#233;, Buzyn en t&#234;te, dont on se demande comment ils peuvent se regarder dans une glace apr&#232;s avoir entendu des choses pareilles. En r&#233;alit&#233; on sait comment ils le peuvent : comme l'histoire l'a souvent montr&#233;, les destructeurs organisent leur tranquillit&#233; d'&#226;me en se soustrayant syst&#233;matiquement au spectacle de leurs destructions &#8212; signification historique du tableur Excel qui, &#224; l'&#233;poque des connards, organise la c&#233;cit&#233;, le compartimentage des actes et de leurs cons&#233;quences, et joue le r&#244;le du pare-feu de confort en mettant des abstractions chiffr&#233;es &#224; la place des vies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; respect &#187; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme de respect de la langue, de d&#233;cence il n'y a donc plus la moindre trace depuis que le macronisme est arriv&#233; au pouvoir. Toutes ces choses qui n'ont cess&#233; d'&#234;tre &#233;rod&#233;es d&#233;cennie apr&#232;s d&#233;cennie, ont &#233;t&#233; pouss&#233;es &#224; un stade de d&#233;molition terminale avec le macronisme. C'est pourquoi, ayant m&#233;thodiquement d&#233;truit les conditions de possibilit&#233; de la d&#233;mocratie, ses plaintes quant aux atteintes &#224; &#171; la-d&#233;mocratie &#187; sont vou&#233;es &#224; rendre le son creux de l'incompr&#233;hension des demeur&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Il faut retrouver le respect normal de base &#187; &#226;nonne Emmanuelle Wargon, qui enfile comme les perles les d&#233;bilit&#233;s pleines de bienveillance de &#171; la-d&#233;mocratie &#187; &#8212; &#171; on peut ne pas &#234;tre d'accord &#187;, &#171; mais le gouvernement a &#233;t&#233; &#233;lu &#187;, &#171; si on n'est pas d'accord, on n'aura qu'&#224; voter contre &#187;, &#171; la prochaine fois &#187;, soit le fin du fin de la pens&#233;e Macron, ou plut&#244;t Macron-Berger-Hollande-Demorand-Salam&#233;-Joffrin-Barbier-Calvi-Elkrief-on arr&#234;te l&#224;, la liste serait interminable. Mais quel &#171; respect normal de base &#187; la sous-classe robotique des bed managers, et celle pire encore de leurs ma&#238;tres, pourraient-elles s'attirer ? Elles ont perdu jusqu'&#224; la capacit&#233; de produire une r&#233;ponse d&#233;cente, &#233;l&#233;mentaire, &#224; des protestations symboliques qui, par leur force, alarmerait n'importe quelle personne n'ayant pas compl&#232;tement tu&#233; le fond de moralit&#233; en elle. Forc&#233;ment, c'est autre chose qui vient &#224; la place du &#171; respect &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Personne ne devrait accepter que l'on s'en prenne &#224; des &#233;lus parce qu'ils sont &#233;lus &#187;, blat&#232;re pendant ce temps Aurore Berg&#233;, outr&#233;e par ailleurs que le roitelet ait &#233;t&#233; chass&#233; des Bouffes du Nord par les gueux. Mais comment faire comprendre &#224; Aurore Berg&#233; qu'en premi&#232;re approximation, les d&#233;put&#233;s ici ne sont pas poursuivis pour ce qu'ils sont mais pour ce qu'ils font. Il faut quand m&#234;me une innocence qui frise la maladie mentale pour imaginer que les gens vont laisser d&#233;truire leurs conditions d'existence, et m&#234;me se laisser d&#233;truire tout court, sans contracter un jour l'envie de d&#233;truire ce qui les d&#233;truit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La France sombre sous la coupe d'une minorit&#233; violente &#187; glapit Jean-Christophe Lagarde (1) qui, comme toujours la langue macronienne, dit totalement vrai, mais sans le savoir et par inversion projective : oui la minorit&#233; macronienne violente la soci&#233;t&#233; comme jamais auparavant, elle d&#233;molit les existences, y compris physiquement. Alors les existences d&#233;cident qu'elles ne se laisseront plus faire, qu'elles ont longtemps donn&#233; &#224; leur protestation la vaine forme de &#171; la-d&#233;mocratie &#187;, sont all&#233;es au bout du constat de ce qu'on pouvait en attendre, et en tirent maintenant les cons&#233;quences : elles passent la seconde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand tout ce qui a pu &#234;tre dit, puis cri&#233;, puis hurl&#233;, depuis trois d&#233;cennies, ne rencontre que le silence abruti et le m&#233;pris d'acier, qui alors pourra s'&#233;tonner que les moyens changent ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; gilets jaunes &#187; resteront historiquement comme le premier moment de la grande lucidit&#233; : &#224; des pouvoirs sourds, rien ne sert de parler. Quand tout ce qui a pu &#234;tre dit, puis cri&#233;, puis hurl&#233;, depuis trois d&#233;cennies, ne rencontre que le silence abruti et le m&#233;pris d'acier, qui alors pourra s'&#233;tonner que les moyens changent ? Lorsque des populations au naturel enclin &#224; la tranquillit&#233; sont d&#233;gond&#233;es, c'est qu'on les a d&#233;gond&#233;es. Les d&#233;gondeurs souffriront donc les effets dont ils sont les causes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut d&#233;sormais le pr&#233;dire sans grand risque de se tromper : Macron n'a pas fini d'&#234;tre poursuivi, les ministres emp&#234;ch&#233;s de v&#339;ux, ou de lancement de campagne, les d&#233;put&#233;s LRM de voir leurs permanences peinturlur&#233;es, leurs r&#233;sidences mur&#233;es, puisque c'est, toutes tentatives &#171; d&#233;mocratiques &#187; faites, le seul moyen av&#233;r&#233; que quelque chose leur parvienne. Quant &#224; ce qu'ils en feront, &#233;videmment&#8230; En tout cas, on ne trouvera pas grand-chose &#224; opposer &#224; l'argument qui sert de base &#224; ces nouvelles formes d'action : ils nous font la vie impossible ? On va leur faire la vie impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un politologue en poil de z&#232;bre, pilier de bistrot pour cha&#238;nes d'information en continu (il les fait toutes indiff&#233;remment), s'inqui&#232;te bruyamment que &#171; chahuter Macron, c'est s'attaquer aux institutions et &#224; leur l&#233;gitimit&#233; &#187;. Tout juste. &#192; ceci pr&#232;s qu'en r&#233;alit&#233; &#171; les institutions &#187; ont d'elles-m&#234;mes mis &#224; bas leur propre &#171; l&#233;gitimit&#233; &#187;. Comment peut-on esp&#233;rer rester &#171; l&#233;gitime &#187; &#224; force d'imposer &#224; la majorit&#233; les int&#233;r&#234;ts de la minorit&#233; ? M&#234;me un instrument aussi distordu que les sondages n'a pu que constater le refus majoritaire, contin&#251;ment r&#233;affirm&#233;, de la loi sur les retraites. C'est sans doute pourquoi le gouvernement, suppos&#233;ment mandat&#233; par le peuple, s'acharne &#224; faire le contraire de ce que le peuple lui signifie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car l'&#233;poque n&#233;olib&#233;rale est au gouvernement sadique. Si &#231;a fait mal, c'est que c'est bon. Les forcen&#233;s ont m&#234;me fini par s'en faire une morale : le &#171; courage des r&#233;formes &#187;. Une morale et une concurrence : Fillon, du haut de ses &#171; deux millions et demi de personnes dans la rue &#187; en 2010 traite Macron de petit joueur avec ses quelques centaines de milliers de &#171; gilets jaunes &#187;. Dans ce monde totalement renvers&#233;, violenter le plus grand nombre est devenu un indice de valeur personnelle. Pendant ce temps, ils ont de &#171; la-d&#233;mocratie &#187; plein la bouche. On ne sait pas si le plus &#233;tonnant est qu'ils y croient ou qu'ils soient &#224; ce point &#233;tonn&#233;s que les autres n'y croient plus. Mais qui pourra &#234;tre vraiment surpris qu'apr&#232;s avoir jet&#233; si longtemps des paroles de d&#233;tresse, des appels &#224; &#234;tre entendus, puis des blouses, des robes et des cartables, il vienne aux violent&#233;s des envies de jeter d'autres choses ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conseils de Raymond&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, entre ceux qui ont le pouvoir et les armes et ceux qui n'ont rien, l'asym&#233;trie distribue asym&#233;triquement les responsabilit&#233;s : que ce soit par la continuit&#233; de leurs abus, leur enfermement dans la surdit&#233; ou le d&#233;cha&#238;nement r&#233;pressif, ce sont toujours les dominants qui d&#233;terminent le niveau de la violence. Regardons la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, disons, il y a dix ans : qui aurait pu alors imaginer des formes d'action semblables &#224; celles d'aujourd'hui ? La question est assez simple : que s'est-il pass&#233; entre temps ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'en est pass&#233; suffisamment pour qu'on puisse maintenant lire sur des affichettes des choses inimaginables, des choses comme : &#171; Manu, toi tu retires ta r&#233;forme, et nous, quand tu devras t'enfuir, on te laissera 5 minutes d'avance &#187;, ou pour qu'on entende chanter dans les cort&#232;ges &#171; Louis XVI, Louis XVI, on l'a d&#233;capit&#233; ! Macron, Macron, on peut recommencer ! &#187;. Et pour que tout ceci soit en r&#233;alit&#233; tr&#232;s facile &#224; expliquer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne sera pas judicieux d'&#233;carter ces propos comme &#171; extr&#233;mistes &#187; et &#171; peu significatifs &#187; : les extr&#233;mit&#233;s disent toujours quelque chose de l'&#233;tat moyen. Et, m&#234;me si c'est &#224; distance, le centre de gravit&#233; du corps politique se d&#233;place avec ses pointes. C'&#233;tait bien d'ailleurs la grande le&#231;on des &#171; gilets jaunes &#187; : &#171; &#231;a gagne &#187;. &#199;a prend des couches de population qu'on aurait jamais vues faire ce qu'elles ont fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, le verrouillage d'en-haut ne cesse de h&#226;ter les d&#233;placements d'en-bas. Le Parisien commence-t-il &#224; en &#233;prouver de la panique ? Quand il titre &#171; L'inqui&#233;tante radicalisation &#187;, il est vou&#233; &#224; avoir raison en ayant tort. Comme d'habitude parce que la radicalisation premi&#232;re est celle de l'oligarchie qu'il accompagnera jusque dans la chute, mais aussi, presque logiquement, car il va y avoir une contradiction &#224; parler de radicalisation, ou d'extr&#233;misme quand c'est la masse qui entre progressivement dans un devenir-extr&#233;miste &#8212; fut-ce d'abord par simple approbation tacite.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le plus &#233;tonnant, cependant, est qu'il reste dans l'oligarchie des gens capables de dire des choses sens&#233;es &lt;br class='autobr' /&gt;
Le z&#232;bre politologue ne manque pas lui aussi de s'en alarmer : &#171; Il y a un aspect groupusculaire parce qu'on parle d'une poign&#233;e d'individus, mais il y a &#233;galement un public pour &#231;a, et l&#224; c'est plus inqui&#233;tant &#187;. Et puis il voit aussi que &#171; cette mont&#233;e de la violence (&#8230;) inqui&#233;tante (&#8230;) n'est pas sp&#233;cifique &#224; la France &#187;. Comment dire : lui aussi on le sent inquiet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au vrai, il n'a pas tort. Il n'a pas tort parce qu'en effet, &#171; &#231;a gagne &#187;. En effet, &#171; il y a un public pour &#231;a &#187;. Et le pire, c'est que le public, par rang&#233;es, est en train de monter sur la sc&#232;ne. De tous c&#244;t&#233;s d'ailleurs, il ne cesse d'y &#234;tre encourag&#233;. Directement par les robots qui signifient assez qu'il n'y a plus rien &#224; faire avec eux, ni par la parole ni par les symboles. Indirectement quand, par un aveu transparent de &#171; la-d&#233;mocratie &#187;, Christophe Barbier explique sans ciller que &#171; 43 % des Fran&#231;ais [contre 56&#8230;] souhaitent cette r&#233;forme &#187;, que &#171; c'est &#233;norme &#187; et que &#171; &#231;a veut dire que les Fran&#231;ais sont profond&#233;ment convaincus qu'il faut passer &#224; la retraite par points &#187; &#8212; la chose certaine &#233;tant que, quand &#231;a lui viendra dessus, il ne comprendra toujours pas qu'&#224; l'&#233;couter, &#171; les Fran&#231;ais &#187; ont &#233;t&#233; convaincus de tout autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus &#233;tonnant, cependant, est qu'il reste dans l'oligarchie des gens capables de dire des choses sens&#233;es. Sens&#233;es, mais curieuses. Ainsi Raymond Soubie, cet artisan de l'ombre de toutes les d&#233;r&#233;glementations du march&#233; du travail, qui avait laiss&#233; coi le plateau entier de C'dans l'air (o&#249; il a son rond de serviette) en expliquant, lors de la d&#233;molition Macron du code du travail, qu'en r&#233;alit&#233; on n'avait jamais vraiment vu les d&#233;r&#233;gulations du droit du travail cr&#233;er le moindre emploi&#8230; En somme un art de tout dire. Raymond Soubie, donc : &#171; Les manifestations lorsqu'elles ne d&#233;g&#233;n&#232;rent pas n'ont pas tellement d'influence sur les gouvernements &#187;. Soit : un constat d'&#233;vidence. Un aveu implicite. Et un conseil &#224; m&#233;diter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric Lordon&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) &#171; R&#233;forme des retraites : Emmanuel Macron &#233;vacu&#233;e d'une salle de spectacle parisienne sous les hu&#233;es &#187;, lemonde.fr, 18 janvier 2020.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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